Comment faire un cahier des charges pour son site internet, en sept parties

Partagez cet article :
Si vos devis sont incomparables, c’est que chaque prestataire a deviné un site différent. Vous avez décrit votre projet trois fois à l’oral, chacun a comblé les blancs à sa façon, et vous comparez aujourd’hui trois sites qui n’ont en commun que votre logo. Savoir comment faire un cahier des charges règle ce problème en amont : le document fixe ce que vous attendez du site avant que quiconque le chiffre. Il tient en sept parties, de la présentation de l’entreprise jusqu’à ce qui se passe après la mise en ligne. La plus utile se résume à une question posée page par page : qu’est-ce que chacune doit obtenir du visiteur ?

Points clés :

  • Présenter l’entreprise en dix lignes, concurrents compris.
  • Fixer l’objectif du site en une phrase, puis classer les autres attentes.
  • Décrire deux ou trois cibles par ce qu’elles viennent chercher.
  • Lister les pages avec l’action attendue du visiteur et la personne qui fournit chaque contenu.
  • Signaler les contraintes techniques et les outils à connecter, sans choisir la technologie.
  • Donner un calendrier de validation et un budget en fourchette.
  • Prévoir l’après : maintenance, propriété du nom de domaine et des contenus.

À quoi sert vraiment un cahier des charges site internet

Il rend trois services, du plus évident au plus précieux.

D’abord, il donne à tous les prestataires consultés la même base de réponse. Sans lui, chacun chiffre sa propre lecture de votre besoin, et l’écart entre deux devis ne dit rien de la qualité de l’un ou de l’autre.

Ensuite, il évite les arrêts de chantier. Un gérant de PME découvre trois semaines avant la mise en ligne que personne n’a prévu de rédiger les textes des pages de service, et tout se fige. Les contenus sont un point de friction classique. Le cahier des charges les répartit dès le départ entre ce que fournit l’entreprise et ce que crée le prestataire, photos et vidéos comprises, avec un nom en face de chaque ligne.

Enfin, et c’est le plus important, l’écrire vous oblige à trancher pendant que c’est encore gratuit. Classer vos objectifs au lieu de les empiler, séparer l’indispensable du confortable, décider si la page tarifs existe : ces arbitrages se font soit maintenant sur une feuille, soit plus tard sur un devis signé, au prix d’un avenant.

Reste la longueur, une question qui revient toujours. Aucune règle ne fixe un nombre de pages, et les trames publiées vont de six pages à plus de trente. Pour une TPE ou une PME, France Num estime que cinq à dix pages bien structurées suffisent à cadrer un site vitrine ou un e-commerce simple. Cherchez la densité plutôt que le volume : quelques pages où chaque ligne décide quelque chose valent mieux qu’un modèle recopié dont la moitié des rubriques ne vous concerne pas. Les sept parties proposées ici sont un découpage de travail, pas une norme officielle. D’autres sujets de création de site sont traités dans la liste de tous nos articles.

Rédiger un cahier des charges : qui vous êtes et ce que le site doit obtenir

Les trois premières parties répondent à une seule question : que doit comprendre une personne qui ne connaît ni votre métier ni vos clients pour vous proposer un site juste ? Commencez par le contexte. Un prestataire qui saisit votre activité chiffre un site utile, celui qui la devine chiffre un site générique.

1. L’entreprise et son activité en dix lignes

Dites ce que vous vendez, à qui, sur quelle zone, depuis quand, et pourquoi vos clients vous choisissent plutôt qu’un autre. Citez vos deux ou trois concurrents directs, sans commentaire. Dix lignes suffisent, à condition qu’elles soient les vôtres. Un prestataire qui lit « société dynamique au service de ses clients » n’apprend rien et proposera un site interchangeable.

2. L’objectif du site en une phrase

Écrivez une phrase principale, une seule : être trouvé sur Google par des prospects de ma zone, obtenir des demandes de devis qualifiées, vendre mon catalogue en ligne, rassurer des candidats au recrutement. Les autres attentes viennent ensuite, classées par ordre d’importance. C’est ce classement qui tranchera chaque désaccord à venir sur une page ou une fonctionnalité.

3. Les cibles et ce qu’elles viennent chercher

Décrivez chaque public par ce qu’il cherche en arrivant sur le site, plutôt que par sa catégorie. Un acheteur industriel veut une fiche technique à télécharger. Un particulier veut un ordre de prix et la preuve que vous existez vraiment. Un candidat veut voir à quoi ressemble l’équipe. Ces attentes orientent les contenus, la navigation et les fonctionnalités. Deux ou trois profils suffisent ; au-delà, plus personne n’arbitre rien.

4. Page par page : ce que chaque page doit obtenir du visiteur

L’arborescence est la quatrième partie, et c’est elle qui change la nature du document. Pour chaque page, notez son titre, ce qu’elle doit obtenir du visiteur, les contenus nécessaires et la personne qui les fournit. On passe alors de « je veux une page À propos » à « cette page doit inspirer assez confiance pour déclencher un appel ». Le prestataire, lui, sait enfin quoi construire. Voici un exemple :

Page Ce qu’elle doit obtenir du visiteur Contenu nécessaire Qui le fournit
Accueil Comprendre l’offre en dix secondes, cliquer vers un service précis Texte à réécrire, visuels existants à adapter Le prestataire, après un échange avec le gérant
Service 1 Remplir le formulaire de demande de devis Texte de présentation, photos de chantier Texte : le gérant. Photos : le chef d’équipe, sur les prochains chantiers
Service 2 Appeler directement l’entreprise Texte existant à adapter, un visuel Le prestataire
À propos Rassurer sur l’expérience, lever le doute avant le premier contact Historique de l’entreprise, photos d’équipe Historique : le gérant. Photos : un photographe
Réalisations Prouver par l’exemple, déclencher une prise de rendez-vous Photos triées et légendées L’assistante commerciale
Contact Envoyer un message ou appeler dans la minute Champs du formulaire, coordonnées à jour Champs : le gérant avec le prestataire. Coordonnées : l’assistante
Blog Lire un article, revenir sur le site plus tard Gabarit d’article, articles Gabarit : le prestataire. Articles : le gérant
Mentions légales Informer sur l’éditeur et l’hébergeur Informations légales, rédaction de la page Informations : le gérant. Rédaction : le prestataire

Dans votre propre tableau, la dernière colonne porte un nom ou une fonction précise, jamais « à voir ». C’est elle qui révèle la charge réelle du projet. Un site de huit pages dont six textes reposent sur un dirigeant déjà débordé n’avancera pas au rythme annoncé, et mieux vaut le savoir avant de signer que trois semaines après.

Ajoutez les pages réglementaires à votre arborescence. Les mentions légales sont obligatoires pour tout site professionnel, vitrine comme marchand, et doivent rester faciles à trouver. Si le site collecte des données personnelles, une page d’information sur leur traitement s’y ajoute. Et dès que vous vendez à distance à des consommateurs, les conditions générales de vente deviennent obligatoires. Ce sont des contenus comme les autres, avec un responsable désigné.

Le référencement naturel se prépare en même temps que l’arborescence, par la structure des pages, les contenus et les mots-clés visés. L’ajouter après la mise en ligne revient souvent à reconstruire ce qui vient d’être livré. Dans votre document, restez sur des exigences vérifiables à la livraison : un sitemap fourni, des pages explorables par les moteurs, un balisage de titres cohérent, un titre et une méta description propres à chaque page, des textes alternatifs sur les images qui portent une information. Google recommande ces éléments, sans rien garantir pour autant. La méta description rédigée ne s’affichera pas toujours telle quelle dans les résultats, et un sitemap ne suffit pas à faire indexer toutes les pages. Google précise aussi qu’aucune optimisation particulière n’est nécessaire pour apparaître dans ses fonctionnalités d’IA : les bonnes pratiques habituelles restent valables.

Le cadre réel : contraintes, calendrier et budget

Les cinquième et sixième parties décrivent le terrain sur lequel le site devra fonctionner. Un cahier des charges de site web muet sur ce point produit des devis justes en apparence et faux en pratique, parce que la connexion au logiciel de gestion ou la reprise du nom de domaine existant n’a jamais été chiffrée.

5. Les contraintes techniques à signaler

Listez ce qui existe déjà et ce qui devra communiquer avec le site : le nom de domaine actuel et son titulaire, l’hébergement en place, les outils métier à connecter (CRM, ERP, module de réservation, outil de newsletter). Indiquez si vous avez besoin de plusieurs langues pour vendre hors de France, et joignez votre identité visuelle : logo, couleurs, visuels, charte graphique si elle existe.

Mentionnez aussi la gestion des cookies. Pour la CNIL, le consentement doit venir d’un geste clair de l’internaute : ne rien choisir équivaut à refuser, et refuser doit être aussi simple qu’accepter. Elle recommande en outre, comme bonne pratique, de conserver le choix de l’internaute pendant six mois. Une phrase suffit dans votre document : le site disposera d’un bandeau conforme à ces règles et gardera la trace des choix exprimés. Le prestataire chiffrera la solution.

Si vous vendez en ligne

Un cahier des charges de site e-commerce ajoute trois sujets à cette cinquième partie. Il suffit de les poser, sans chercher à les résoudre. Le catalogue d’abord : combien de références, avec quelles variantes, et d’où viennent les fiches produits si elles existent déjà dans un logiciel de gestion. Le paiement ensuite, avec les moyens que vos clients utilisent vraiment. La livraison enfin, avec vos transporteurs, vos zones et votre politique de retour. Ces réponses orienteront la solution proposée bien plus sûrement qu’une préférence technique annoncée d’avance.

6. Le calendrier et le budget

Indiquer un budget, même sous forme de fourchette, sert d’abord votre intérêt. Les prestataires dimensionnent leur réponse en conséquence et vous comparez des offres construites sur la même base. Le garder secret vous expose à des propositions calibrées au hasard, qu’il faudra souvent faire rechiffrer. Pour le calendrier, fixez les étapes de validation et la personne qui valide, plutôt qu’une date de livraison isolée. L’article sur le prix d’un site internet professionnel donne des ordres de grandeur par type de projet.

7. Après la mise en ligne : maintenance et propriété

La dernière partie est souvent oubliée, parce qu’elle porte sur un site qui n’existe pas encore. C’est pourtant là que se joue le coût réel sur plusieurs années.

Précisez ce que vous attendez en matière de maintenance : mises à jour, sécurité, petites corrections, et ce que vous voulez pouvoir modifier vous-même. Un prestataire qui inclut la maintenance et un autre qui la facture à part ne proposent pas le même prix, même avec un devis de création identique.

Écrivez ensuite noir sur blanc ce qui doit vous appartenir. Le nom de domaine, enregistré à votre nom. Les droits sur les contenus et les maquettes. Les accès administrateur et l’accès aux fichiers. Et la procédure de transfert vers un autre prestataire si vous changez un jour d’avis. Chez novfr, le nom de domaine est enregistré au nom du client et le contrat précise à quel moment le site lui appartient.

Ce qu’il ne faut surtout pas mettre dans son cahier des charges

Avant d’envoyer le document, retirez-en trois choses.

La première est le choix de la technologie. Rien ne vous oblige à imposer, ni même à connaître, l’outil qui fera tourner le site. Ce qui compte, c’est de dire avec quels outils il devra fonctionner, et la partie 5 s’en charge. En écrivant un nom de CMS en tête du document, vous vous privez de ce que vous achetez vraiment, c’est-à-dire l’avis d’un professionnel sur la solution adaptée à votre projet. Chez novfr, nous travaillons le plus souvent sous WordPress, et c’est après le cadrage que nous vérifions qu’il convient. L’article sur le choix entre Wix et WordPress traite cette question à part.

La deuxième, ce sont les maquettes. Un design dessiné avant l’écriture des textes impose des cases à des contenus qui n’existent pas, et la page de service finit amputée pour tenir dans l’espace prévu. Transmettez votre identité visuelle et vos préférences, puis laissez la conception graphique répondre à l’arborescence que vous avez décidée.

La troisième, ce sont les exigences recopiées chez un concurrent. Son configurateur de produits ou son espace client répondent à son modèle économique, à ses effectifs et à son volume de commandes. Reprises telles quelles, ces fonctionnalités gonflent votre devis sans servir l’objectif de votre site.

Beaucoup de dirigeants se demandent s’ils peuvent confier la rédaction du document au prestataire. C’est possible, et souvent utile quand le temps manque. Gardez simplement deux réflexes. Les décisions (objectif, cibles, rôle de chaque page) restent les vôtres et se valident ligne à ligne. Et si vous comptez consulter plusieurs prestataires, un document rédigé par l’un d’eux reflétera sa façon de travailler, ce qui fausse un peu la comparaison.

Comparer des devis à périmètre égal : les écarts deviennent lisibles

Ajoutez au document envoyé une courte liste de vos critères de choix, par ordre d’importance : délai, accompagnement, références dans votre secteur, prix. Les prestataires sauront sur quoi insister, et vous saurez sur quoi les départager. Une fois les réponses reçues, lisez-les dans un ordre précis. Vérifiez d’abord que chaque devis porte bien sur le même périmètre : type de site, nombre de pages ou de gabarits, fonctionnalités, contenus pris en charge, intégrations. Avant cette mise à niveau, un écart de prix ne veut rien dire. Le plus souvent, il signale qu’un prestataire a inclus la rédaction des textes et l’autre non.

Demandez ensuite le détail des postes. Un devis doit identifier le professionnel et le client, décrire précisément chaque prestation avec son prix, et indiquer les frais annexes ainsi que les conditions d’exécution et de paiement. Un montant unique sous la ligne « création du site » ne vous permet ni de comparer, ni de discuter, ni de retirer un poste pour tenir votre budget.

Isolez enfin les coûts récurrents du coût initial : nom de domaine, hébergement, maintenance, licences d’extensions. Un devis moins cher à la signature peut coûter davantage sur trois ans. Profitez-en pour vérifier que chaque réponse traite la septième partie de votre document, celle sur la propriété du nom de domaine, des contenus et des accès.

Écrivez une seule phrase ce soir

Un site sans cahier des charges est un site dont personne n’a décidé ce qu’il devait faire. Rédiger un cahier des charges ne fait pas de vous un chef de projet technique. Cela vous engage dans vos propres décisions, à un moment où elles ne coûtent encore qu’un peu de réflexion. Ce soir, prenez dix minutes et écrivez l’objectif du site en une phrase, avant toute autre partie. Demain, relisez-la et vérifiez que chaque page envisagée y contribue ; celles qui n’y contribuent pas sont des pages que vous alliez payer sans raison. Depuis 2013, nous avons créé et accompagné plus de 150 sites, et chaque projet commence par ce cadrage : voir la méthode novfr en quatre étapes.

Sources

Partagez cet article :
Jean-Baptiste Thiolière
Jean-Baptiste Thiolière

Entrepreneur du numérique depuis 2013, Jean-Baptiste est président et cofondateur de novfr, une agence spécialisée dans la création de sites WordPress, le référencement naturel, l’acquisition de clients, l’automatisation marketing et l’intégration de l’intelligence artificielle dans les entreprises.

Il accompagne principalement les dirigeants de TPE et de PME dans la conception et le déploiement de stratégies digitales concrètes, adaptées à leurs objectifs de visibilité, de prospection et de croissance. Son approche associe expertise technique, marketing digital et automatisation afin de transformer les outils numériques en leviers directement exploitables par les entreprises.

Depuis sa création, novfr a notamment :
- réalisé et optimisé plus d’une centaine de sites internet ;
- accompagné plus de 150 dirigeants dans la mise en place de campagnes de prospection automatisée sur LinkedIn ;
- développé une offre de référencement naturel rémunérée uniquement lorsque les requêtes sélectionnées atteignent la première page de Google ;
- conçu des stratégies publicitaires à budget maîtrisé, dont l’une a contribué à générer une cinquantaine de nouveaux mandats mensuels pour un professionnel de l’immobilier ;
- déployé plus d’une centaine d’automatisations actives avec Make, n8n et Zapier, intégrant notamment des outils d’intelligence artificielle ;
- accompagné des entreprises et leurs collaborateurs dans la prise en main des principaux modèles de langage, comme ChatGPT, Claude, Gemini, ...

À travers les articles publiés sur le blog de novfr, Jean-Baptiste partage des analyses, méthodes et retours d’expérience autour du SEO, de WordPress, de la prospection digitale, de l’automatisation, de la publicité en ligne et des usages professionnels de l’intelligence artificielle.

Son objectif : rendre accessibles des sujets parfois techniques et aider les dirigeants à prendre des décisions digitales plus éclairées, plus efficaces et mieux adaptées à la réalité de leur entreprise.